Deux Prozacs pour Hamlet ?? -3-
Notre Approche médicale : Hamlet est dépressif aigu
Sans ce délai, cette hésitation, la pièce de théâtre n’a aucune existence. Aucune étude sur Hamlet ne peut échapper à cette question relative à l’unicité de signification de la théorie et la pratique.
Il est indéniable que Shakespeare avait crée ce délai indispensable pour le mécanisme théâtral, indispensable pour la crédibilité psychologique de ce personnage tourmenté. En revoyant la littérature, on peut trouver de nombreuses explications proposées pour cette hésitation de Hamlet mais aucune idée consensuelle n’a été admise.
Bradley, il y a presque un siècle, a émis l’idée que l’irrésolution légendaire de Hamlet était une mélancolie profonde ( dépression profonde ). Bradley conseillait les lecteurs de lire les livres de psychiatrie traitant la mélancolie pour comprendre cette pièce (1)
On peut distinguer dans les caractère de ce personnage certains signes d’un trouble dépressif aigu : humeur triste, ahédonisme, pensées négatives, et une nette baisse d’énergie (2). Dans la pièce (3 ) dès le premier discours, Hamlet fait une déclaration publique de sa mélancolie. Si on tente de affiner ce diagnostic, on peut détecter un personnage pouvant être affecté par un trouble dépressif aigu avec des traits obsessionnels, incapable de porter sa lourde responsabilité. Bien sur, à cette époque, le trouble dépressif n’était pas encore conceptualisé. Shakespeare aurait vu probablement la mélancolie de Hamlet comme un défaut du caractère.
Il parle de son ahédonisme , son manque de désir a ses amis Rosencrantz et Guildenstern. Il exprime fréquemment des pensées négatives et pessimistes. Il qualifie le Danemark d’une prison, le monde aussi .
HAMLET. - Le Danemark est une prison.
ROSENCRANTZ. - Alors le monde en est une aussi.
HAMLET. - Une vaste prison, dans laquelle il y a beaucoup de cellules, de cachots et de donjons. Le Danemark est un des pires. (I.ii)
Plus tard il insiste :
HAMLET. J’ai depuis peu, je ne sais pourquoi, perdu toute ma gaieté, renoncé à tous mes exercices accoutumés ; et, vraiment, tout pèse si lourdement à mon humeur, que la terre, cette belle création, me semble un promontoire stérile. (I.ii)
Dans la scène du fossoyeur il pense à la mortalité humaine, à ses mauvais rêves (II.ii) . Il pense à la mort et au suicide. (I.ii.) Il montre une mauvaise estime de soi en découvrant son incapacité à réaliser les tâches imposées par le fantôme de son père, et exprime sa culpabilité à son échec d’agir.
l’Indécision est un trait de trouble dépressif obsessionnel ( 5,6, 7 ). Sa rumination obsessionnelle a provoquée ou aggravé sa dépression. Il rumine sur son échec à faire ce qu’il devait faire (8) Il peut prendre une décision mais il ne peut pas décider de mettre la décision en action..
De nombreuses études publiées vont dans le même sens que notre approche, Nous pouvons citer l’étude de John F. Burnum, MD, publiée dans le journal Annal of internal medecine (March 1997, Vol 126, Issue 5, 412-414) sous le titre : A Physician’s Hamlet .
Critiques de cette thèse :
Notre thèse va dans le sens de nombreuses études relatives à la dépression de Hamlet. Shakespeare a écrit une pièce de théâtre et non pas un cas clinique. Les besoins du drame empêchent une description détaillée permettant de saisir les motivations exactes de Hamlet. On peut penser que ce prince est affecté d’une dépression aiguë agissant sur son comportement . Suivant cette piste, on sera obligé d’admettre que la dépression supposée de Hamlet est sévère, accompagnée d’irritabilité et d’hostilité. Mais l’agitation dépressive s’accompagne d’un désespoir apathique (10) comme on voit dans certains comportements antisociaux ou délinquants (11)
Une autre approche (12) considère que la maladie dépressive associée à des symptômes obsessionnels peut être caractérisée par agitation et hyper activité (13). Comment la maladie dépressive pourrait inhiber l’action. ??? Hamlet, agit - il par impulsion plus que par raisonnement ??
Hamlet fait deux tentatives pour tuer son oncle le roi Claudius. La première fois, en entendant un cri demandant l’aide à travers le rideau. (III.iv.32) . Il réussi la seconde fois avec l’épée empoisonné. Cependant, en tuant Claudius, il dit: ” Maintenant je l’ai fait » (III.iii.73) et commence à ruminer et à discuter la validité de son action. Hamlet est capable d’une réaction immédiate, mais une fois il commence à réfléchir au projet de tuer Claudius, il devient irrésolu.
Le caractère de Hamlet montre un modèle de comportement que nous pouvons reconnaître aujourd’hui comme symptomatique d’un trouble dépressif aigu. Cependant, Hamlet est une pièce de théâtre, et mérite d’être comprise dans la lumière du drame dans son ensemble.
Autres thèses disponibles pour expliquer la vengeance ajournée
A travers une rapide revue sélective de la littérature, il est possible de voir que la simplicité d’une seule approche, bien que séduisante, ne peut être satisfaisante.
Obstacles et difficultés
En lisant la pièce, on peut dire que son délai était justifié. Les obstacles à son enquête sont inhérents à son caractère mais aussi aux circonstances. On a dit que le délai de Hamlet est dû à quelque problème de caractère (24). Le côté sombre et dépressif ne peut être ignoré. Les périodes de réflexion sont composées de mélancolie. Hamlet ne pouvait pas agir facilement, son ennemi est tout simplement le roi et sa vengeance pourraient détruire l’ordre social (28).
Incertitude
Il est incertain de la culpabilité de Claudius. (29). Chercher les preuves, créer des pièces de théâtre pour forcer l’aveu. Nous, spectateurs, nous savons que Claudius est coupable; les raisins de certitude seront suspendus à notre portée durant la pièce mais Hamlet ne les aperçoit pas.
Conflit d’Intérêt
Hamlet redoutait la contradiction entre son désir pour le trône et son devoir de venger son père. Hamlet veut le roi mort et le trône serait sien, ” lit royal de Danemark, soyez un divan pour luxe et condamne l’inceste “. Sert - il la justice divine ou une soif de pouvoir personnel (30)? Le fantôme peut être un esprit bon mais aussi un esprit démoniaque, un diable qui abuse, qui condamne.
Transformation et mutation
Dans une volte-face surprenante, Hamlet revient de sa croisière transformé. Il a décidé que c’est la prérogative de ciel, pas le sienne , de déterminer la culpabilité et le destin du roi. « Il y a une divinité qui façonne nos fins.» Cette vision a évolué dans son esprit au moment où il a tué Polonius (le ” ciel l’a voulu donc…”) et a été consolidée par sa survie miraculeuse durant le voyage. Soulagé du fardeau de prise de décision, Hamlet retrouve sa gaieté. Le roi ne mourra pas pour un médiocre gain personnel, ni parce qu’il est coupable, mais parce que ce roi a ajouté un autre ace criminel à sa liste en empoisonnant le vin de Hamlet (31).
Doute et moral
Si on pense à cette pièce de théâtre comme exploration de doute moral, le thème persistant de Hamlet est la culpabilité au sujet de sa propre inaction, et non pas au sujet de la culpabilité de son oncle Claudius. La moralité de vengeance privée n’est pas en question. Hamlet n’exprime jamais des scrupules moraux contre ce principe. Il affirme même que la mort de Rosencrantz et Guildenstern n’affecte pas sa conscience. (V.ii.58)
Pourquoi ne pas voir Hamlet comme un idéaliste sensible, indécis, incapable de meurtre ? Son chagrin est profond et prolongé et il a déjà des pensées suicidaires, avant qu’il apprenne que son père a été assassiné. Il est aussi capable de meurtre. Il est violent à maintes reprises, et brutal. Il tue avec son épée deux fois et envoie deux amis à leurs tombes.
Quelques-uns aiment voir la pièce de théâtre dans une lumière existentielle. Nous sommes condamnés à la liberté de nos choix, sans conseil et sans expérience.
Une autre possibilité. Hamlet est « fou » et donc atteint d’une maladie psychotique. Il est furieux et prétend le contraire . Shakespeare a représenté la folie dans le roi Lear (16). Le comportement de Hamlet rejoint épisodiquement la folie dans le sens populaire du terme (furie), cependant, les déchaînements soudains de Hamlet demeurent inexplicables selon cette approche .
Approche psychanalytique
Ernest Jones a donné une interprétation psychanalytique intéressante, à savoir que le problème de Hamlet était un complexe d’Œdipe. Ce souhait de l’enfant de tuer son père, et s’emparer de la mère a empêché Hamlet de tuer l’homme (17) qui était devenu l’époux de sa mère. (18) L’attitude de Hamlet vers son père est imprégné d’amour et d’admiration et sans rivalité. Pouvons nous penser que son horreur du remariage hâtif de sa mère est un ressentiment d’adolescent ou le dégoût d’un crime ? Son dégoût de la sexualité s ‘étend aussi sur Ophélia.
Rôle de la maladie
Une question essentielle s’impose : quelle est le rôle de cette proposée « maladie de Hamlet » dans la pièce ?
Sans cette vengeance ajournée, la pièce perd sa tension dramatique. D’un autre côté, le théâtre de Shakespeare est riche de «messages non livrés» comme dans Roméo et Juliette. La maladie n’est elle pas un bon sujet pour le drame ? Les Fantômes d’Ibsen ne jouent- ils pas le même rôle ? La maladie ne fait -elle pas partie de la signification de cette pièce en jouant un rôle structurel explicite. Pour comprendre la pièce, nous devrions comprendre l’existence de la maladie aussi .
Rapide revue de la littérature
Approche Jungienne
Oakes, Elizabeth. “Polonius, the Man Behind the Arras: A Jungian Study.” New Essays on Hamlet. Ed. Mark Thornton Burnett and John Manning. Hamlet Collection 1. New York: AMS, 1994. 103-16.
Dans cette étude, Polonius “vieil homme sage, et bouc émissaire” est sacrifié. La scène du placard mortelle confirme le statut de Polonius comme « bouc émissaire ». Polonius est pris pour le Roi. La renaissance de Hamlet se produit en mer, existence de l’eau un élément symbolique du symbole de la mère chez Jung. Le retour de Hamlet au Danemark marque un changement dans ses priorités, du “personnel au collectif “. La mort de Hamlet est un mouvements qui passe du collectif vers le spirituel.
Porterfield, Sally F. “Oh Dad, Poor Dad: The Universal Disappointment of Imperfect Parents in Hamlet.” Jung’s Advice to the Players: A Jungian Reading of Shakespeare’s Problem Plays. Drama and Theatre Studies 57. Westport: Greenwood P, 1994. 72-98.
L’approche Jungienne peut lire l’expérience universelle de Hamlet dans la découverte parentale. La mort du ” bon père ” et le remariage transforment la ” bonne mère ” en un être sexuel. Hamlet se débrouille avec le bouleversement psychologique en régressant vers des comportements moins adulte que son âge. Horace devient le ” moi ” pour Hamlet, ” l’homme idéal qu’il devait devenir, ” et Fortinbras offre une autre forme du ” moi,” ” l’homme d’action qu’il faut imiter. Cces deux emblèmes du moi fondent dans la dernière scène. Mais la progression de Hamlet vers l’intégration de ces deux moi semble difficile, s’alternant entre dépression et folie. Hamlet n’a pas pu éviter la violence, mais il nous donne courage, génération après génération, pour tenter l’idéal, pour dépasser les réalités presque insupportables que la vie nous impose.
Approche féministe
Bergoffen, Debra B. “Mourning, Woman, and the Phallus: Lacan’s Hamlet.” Cultural Semiosis: Tracing the Signifier. Ed. Hugh J. Silverman. Continental Philosophy VI. New York: Routledge, 1998. 140-53.
Cet article de 1998 suggère que Gertrude démontre “la complicité du chemin de la femme dans l’ordre patriarcal. La femme qui pleure, voilà une image bien connue, mais Gertrude refait noce à la place de pleurer et de respecter ses rituels; son mariage à Claudius « viole le père » et viole l’héritage du fils. Hamlet, mâle dans une société patriarcale ne peut pas exécuter le “acte social” de deuil, et fils commence le processus de réinsérer sa mère dans l’ordre patriarcal. Gertrude morte, libère Hamlet qui fera sa vengeance. “En l’absence de femmes, le Danemark vie sous la règle de son ennemi. Fortinbras
En refusant le deuil, Gertrude détruit la loi patriarcale momentanément , c’est une femme qui ne pleure pas.
Approche selon étude du genre
Dane, Gabrielle. “Reading Ophelia’s Madness.” Exemplaria 10 (1998): 405-23.
Cet article essaie de répondre la question importante : comment lire la folie d’Ophélia. Ophelia paraît initialement “façonné pour se conformer aux demandes externes et refléter les désirs des autres. Les messages masculins endommagent l’identité psychologique d’Ophelia, leur absence soudaine provoque destruction mentale. la folie d’Ophelia offre la capacité de parole, l’occasion de découvrir l’identité individuelle, et le pouvoir de saper l’autorité verbalement. Les mots suggèrent encore « un moi » fragmenté fournissent aux autres l’occasion de manipuler les significations.
Approche selon les études sur la masculinité
Dews, C. L. Barney. “Gender Tragedies: East Texas Cockfighting and Hamlet.” Journal of Men’s Studies 2 (1994): 253-67.
Le modèle idéal de la masculinité de Hamlet est son père. Hamlet semble avoir une « place ambivalente, » suspendu entre le masculin et féminin. L’endoctrinement de Claudius , la chasteté féminine problématique de Gertrude et d’Ophelia délivre des messages incompatibles à Hamlet. Son “défaut tragique” paraît “son incapacité à réconcilier les messages mélangés qu’il reçoit concernant le genre et le rôle du genre. Ce conflit et le manque de choix paraissent abrégés dans la dernière scène, quand Horace et Fortinbras décrivent le Hamlet mort dans des termes de genre différents. Hamlet présente l’ambivalence, le dilemme de comment ” réconcilier le masculin et le féminin dans une seule personnalité” un dilemme que les hommes font face encore aujourd’hui avec une pénible souffrance .
Approche freudienne
Díaz de Chumaceiro, Cora L. “Hamlet in Freud’s Thoughts: Reinterpretations in the Psychoanalytic Literature.” Journal of Poetry Therapy 11.3 (1998): 139-53.
Cet article présente un point de vue psychanalytique Freudien . Bien que l’intérêt de Freud pour Hamlet ait commencé dès son jeune âge, ses lettres à Wilhelm Fliess révèlent que ce drame de Shakespeare a joué un rôle clé pour aider Freud à vaincre ses propres craintes au sujet de ses futures théorie relatives à la névrose. Les correspondances montrent aussi une association préliminaire entre Hamlet et le complexe d’Œdipe qui sera développé par Freud dans Interprétation de Rêves. Plusieurs publications de Jones, Steiner, Winnicott, Lacan, Green, Barzilai, Jacobson, Goldberg, Celidonio, Bayard, Paris, Frattaroli, Rand tentent de tracer un lien entre Hamlet et le complexe d’oedipe décrit par Freud .
Approche Lacancienne et intertextuelle
Julia Reinhard and Kenneth Reinhard. After Oedipus: Shakespeare in Psychoanalysis. Ithaca: Cornell U P, 1993.
Ce livre publié en 1993 ( non traduit en français selon notre connaissance) discute la psychanalyse de la tragédie . L’Introduction discute ” la conceptualisation de l’objet dans le discours Lacanien: l’objet de désir, l’objet dans le désir, l’objet comme cause de désir “. Hamlet est discuté comme ‘objet littéraire dans la psychanalyse, sujet, thématique, et image de soi-même. La mélancolie de Hamlet correspond selon cette étude à la théorie de la tragédie de tragédie. D’autre part ce livre assure un travail psychanalytique d’interprétation de la de la mélacolie , une approche intertextuelle qui comprend Hamlet dans Freud et Lacan . Ce livre dans sa seconde partie traite le Roi Lear , interprétation psychanalytique, et construction psychanalytique aussi.
Approche cognitive et comportementale
Morin, Gertrude. “Depression and Negative Thinking: A Cognitive Approach to Hamlet.” Mosaic 25.1 (1992): 1-12.
Cet article utiliser l’approche de comportement cognitif pour démontrer que Hamlet est le portrait d’un torturé, d’un jeune homme déprimé qui se perd le labyrinthe de ses pensées négatives et refuser l’idée freudienne que Hamlet est une victime de l’inconscient.
Hamlet réagit à la perte de son père et au remariage hâtif de sa mère en agissant d’une façon négative. Ses monologues révèlent des exemples des “erreur de la logique cognitive qui le mène à renforce sa vision négative et dépressive. Sa fascination de la mort reflète “abstraction sélective,” et « absolutiste », une pensée dichotome. Il souffre d’un trouble cognitif , d’une “sur-généralisation” quand il juge les défauts de ce Gertrude et étend sa vision sur toutes les femmes; une éduction arbitraire. Les auto-critiques de Hamlet incluent “grossissement et minimisation”, “étiquetage inexact”. D’après cette approche, la personne déprimée “pense lui meme » d’une façon dépirmée. Pendant que les études littéraires peuvent bénéficier des nouvelles perspicacités de recherche cognitif behavioriste, l’espoir simultané est que les psychologues, chercheurs, et malades peuvent bénéficier de lire le Hameau (11).
Science, médecine et humanité ; l’indispensable alliance
Cette pièce soulève bien des questions. Toute personne hésite avant d’agir, la différence entre vengeance privée et justice publique demeure l’un des questions fondamentales dans la pensées judiciaire. Les jeunes hommes peuvent avoir des problèmes pour accepter la sexualité de leurs mères.
Hamlet c’est l’irrésolution mélancolique, comme note Bradley (1) Le héros tragique a des qualités que nous pouvons admirer et un défaut que nous pouvons comprendre, donc son destin engage nos émotions.
Les sciences humaines sont un outil précieux pour comprendre l’humain, pour aller au delà de l’anatomie, de la cellule et des images radiologiques. Sans les sciences humaines, la souffrance humaine n’a pas de réalité tangible.
Cependant, dans cette alliance utile, la méthodologie est problématique. Il existe une tendance de facilité, encouragée par les progrès scientifiques et médicaux attribuant à la médecine une perspicacité implicite capable d’éclairer certains comportements. Ces approches encouragées actuellement par une déferlante vague de psychologie ne peuvent que réduire notre lecture de la pièce de Hamlet comme d’autres oeuvres à ses limites les plus réduites, les plus simplistes.
Il est possible donc d’interpréter le comportement de Hamlet de cette façon au risque de l’isoler, de le sortir de la pièce, et donc de son environnement naturel. De même que l’approche psychologique ou l’interprétation Freudienne.
Personne ne peut convaincre un spectateur de ne pas utiliser les outils de Freud pour interpréter relations père - fils qui fondent le socle dramatique de la pièce ; Hamlet et son père, Ophélia avec le sien, et Fortinbras avec le sien. Quel que soit les défaillances d’une analyse Freudienne, elle peut explorer le caractère de Hamlet d’une façon utile. En conclusion nous sommes invités à comprendre le personnage dans son environnement et cela peut être la base même de toute approche de la santé mentale en générale. C’est l’approche développée par Derek Russell. Cette approche est différente de la simple lecture freudienne, ou psychologique, ou marxiste. Une approche adéquate pour expliquer le comportement est défini dans son contexte, le rôle de ce contexte dans la relation d’une personne vers une autre ou sur le système de relations dans sa globalité. (4)
L’approche qui tente de voir le comportement dessiné par les dramaturges de génie comme un résultat d’un contexte global à l’avantage de nous rappeler que le théâtre est un contexte, et que le drame peut servir à saisir la signification de ce contexte.
La médecine devrait trouver ses limites là ou l’humain n’est plus un organe mais une pensée , un sentiment, un être dans un contexte. Les sciences humaines devraient intégrer dans ses approches certaines vérités scientifiques. Les sciences humaines seraient ont bien inspirées de comprendre l’approche scientifique afin de ne pas répéter les célèbres erreurs grossières de certains.
Une lecture simpliste de la pièce peut réduire Hamlet à un problème de succession politique, ou à un problème de trouble dépressif aigu. Ce sera la triomphe de la médecine dans une société scientifiste et médicalisée où « vivre devient plus important que bien vivre. » (J.J. Rousseau : Emile, P 378-379 )
Epilogue
A l’époque de Shakespeare , la société anglaise était peu sophistiquée, alors il choisit un royaume afin de rendre plausible son histoire. Aujourd’hui , les choses ont bien changé. Dans une société évoluée comme la notre, toute décision devient problématique, difficile, et coûteuse.
En effet, Hamlet dépense la plupart de la pièce à vaciller, organiser, et à ajourner ses décisions. Aucun médecin par exemple ne peut critiquer Hamlet sur ce point. Chaque médecin est un Hamlet. En face de la responsabilité médicale, l’incertitude et le danger, la décision médicale devient parfois un dilemme. Combien de médecins tombent-ils dans une dépression aiguë avant de prendre la difficile décision ?
Aucun chercheur ou travailleur en science humaine ne peut échapper à ce syndrome de Hamlet. Aucun professeur, aucun avocat, aucun juge. Nous sommes un peu Hamlet, chacun dans sa vie ; l’affaiblissement des liens sociaux nous prive de protection, nos croyances n’apaisent plus nos craintes, notre vie quotidienne est parsemé d’incertitude. Si notre irrésolution mélancolique n’a pas la panache et la poésie de celle de Hamlet, nous avons la souffrance de l’hésitation , la difficulté de choisir.
On idéalise Hamlet quand on est jeune, puis on le critique pour le comprendre un jour, ou pour se réconcilier avec nos propres fragilités. Théâtre miroir ??? Le Prozac aurait - il pas apaisé Hamlet ? La chirurgie esthétique n’aurait pas calmé Cyrano, non plus. Le Syndrome de Hamlet n’est pas médical mais humain, c’est l’humain dans son contexte.
Dans chacun d’entre nous, il y a Hamlet le justicier, le roi gouverné par l’ambition de célébrité et de richesse. La mélancolie d’une irrésolution mérite d’être comprise. Après inactivité prolongée, Hamlet fait face aux problèmes essentiels : vie, mort. Dès ce moment, son action devient rapide et décisive.
Hamlet n’était pas un grand homme ??? Un irrésolu ? Mais comme dit Fortinbras dans la dernière parole, il était plutôt une capacité, mais sans accomplissement, faute d’occasion.
FORTINBRAS. - Que quatre capitaines portent Hamlet, comme un combattant, sur l’estrade ; car, probablement, s’il eût été mis à l’épreuve, c’eût été un grand roi!
Agir inutilement est aussi problématique que ne pas agir de tout. Ne faut il pas recommander ce « délai Hameltien ” à chacun d’entre nous ? Combien de personnes seront de grands rois si l’occasion se présente ? Offrons à chacun sa chance.
Référence
- 1- Bradley AC. Shakespearean tragedy [2nd ed]. New York: St Martin’s Press, 1924: 121.
- 2- Beck P. Symptoms and assessment of depression. In: Paykel ES, ed. Handbook of affective disorders (2nd ed). Edinburgh: Churchill Livingstone, 1997: 3-13.
- 3 - Textual references and quotations are from Jenkins H, ed. Hamlet. The Arden Shakespeare. London: Methuen, 1982.
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- 5- Beck AT. Depressive neurosis. In: Arieti S, ed. American handbook of psychiatry vol 3, [2nd ed]. New York: Basic Books Inc, 1974: 61-91.
- 6- Rado S. Obsessive behavior. reference 4: 195-223
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- 11 - reference 6: 38-9.
- 12- Dover Wilson J, ed. Hamlet. Cambridge: Cambridge University Press, 1971: xlvii.
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