c'est très difficile à vivre dans le couple.
très difficile pour la personne qui boit de s'en défaire définitivement.
même avec beaucoup de volonté, d'amour, de soutien, de luttes, c'est vraiment difficile de s'en sortir...
mais c'est possible.
l'important c'est de ne pas "enfoncer" la personne malade, de ne pas l'abandonner, de ne pas se montrer faible devant elle non plus parce qu'elle n'a pas besoin de quelqu'un de faible à côté d'elle mais bien de quelqu'un qui la pousse fermement mais avec respect et patience vers le bout de ce long tunnel aux vapeurs d'alcool...
et le vrai grand pas à faire pour elle, c'est de reconnaître qu'effectivement elle dépend totalement de l'alcool, qu'elle en est esclave, et qu'elle perd toute dignité ainsi que tout son entourage au fur et à mesure qu'elle s'enfonce dans la solitude de ce terrible fléau.
il lui faut une sacrée bonne raison pour commencer le combat : un bras de fer continuel, de chaque seconde, entre elle et ce maudit verre, cette maudite bouteille qui vous nargue, qui vous appelle, comme une sirène au chant mélodieux et qui vous aveugle et vous rend sourd à tout ce qui vous entoure...
et la raison ça peut être l'amour (on n'y vient toujours!)
par amour pour une compagne un compagnon : la peur de le perdre peut freiner le geste de la main qui va jusqu'à au verre rempli de ce poison qui tue à petits feux et qui vous transforme un être humain en une loque, laide boursouflée et parfois violente, pas sympa du tout......et seul dans cet enfer qui empeste.
ça peut être par amitié aussi.
ou pour l'amour d'un enfant...
et ça peut être pour soi-même... tant que l'on a encore la notion de dignité, tant que l'on a la notion de ce qu'est devenue notre vie, et des gens aimés que l'on est entrain de perdre par la faute de cettre drogue que la société accepte et condamne à la fois...
ça fait souffrir tout le monde: soi-même, et ceux qui nous entourent...
et de voir cette souffrance dans les yeux de ceux qui nous aiment, une souffrance mêlée de colère et de honte, cela peut donner la force de tout arrêter avant qu'il ne soit vraiment trop tard...
et ensemble, avec une aide médicale appropriée, un soutien psychologique chaleureux, humaniste, on tente de redevenir un être humain, jour après jour, avec vrillés au ventre une volonté un courage extraordinaires, qui parfois feront défaut mais que l'entourage aura tôt fait de recadrer : l'important c'est de ne pas se sentir seul.
j'ai connu un homme, un enfant de la DAASS, d'une cinquantaine d'années, qui vivait tout seul.
un excellent pêcheur de belles carpes... on aurait dit un petit SDF, aux habits tristes, visage émacié, la peau brunie par le soleil, les rides profondément dessinées,corps maigre...toujours avec sa petite casquette vissée sur la tête aux cheveux gras... un ancien malade alcoolique, toujours gai et serviable... j'aimais bien André... il faisait partie de l'association des anciens malades alcooliques dont je faisais partie par amitié pour le président, kiki, qui m'aimait bien (il m'appelait cuisses de grenouille)
je venais rendre visite à chaque membre et aux malades à domicile: un sourire une plaisanterie, une sortie entre nous tous, pour une pétanque, et ils m'ont apporté tellement... plein d'amour et de simplicité
andré est mort noyé en voulant récupérer un petit canard jaune pour un enfant qui allait se jeter à l'eau pour reprendre son petit canard....
ça force pas le respect et l'admiration ça?
un petit monsieur qui ne payait pas de mine, et que l'alcool avait rendu solitaire, et surtout pas intéressant aux yeux des gens "normaux" et "sans soucis d'alcool"....
ce que je sais c'est qu'on ne peut forcer un alcoolique (quel que soit son niveau dans la maladie) à ne plus boire.
c'est impossible.
comme il est impossible de le soigner tant qu'il n'a pas accepté son état.
mais une fois qu'il a trouvé une raison valable de se battre, c'est déjà une première victoire et l'espoir renaît...
et parfois il y a des rechutes parce que c'est terriblement difficile de ne pas céder à la tentation.
il se méprisera, mais il ne pourra pas faire autrement...
mais tant qu'il y a de la vie et la conscience, on peut je crois espérer vaincre ce qui nous a rendu esclave sans que l'on se soit rendu compte...