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J'ai raté mon père

 
n°3633
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Posté le 31-07-2006 à 10:08:55  answer
 

Je suis un peu perdue en ce moment, parce que je ne sais pas trop vers qui ou quoi me tourner et si c'est vraiment nécessaire (je ne sais pas si l'investissement financier d'une chemin psy en vaut la chandelle).

 

J'ai 34 ans (bientôt 35 et c'est peut-être pour ça que je suis là...), mariée et j'ai deux enfants charmants. J'ai réalisé à peu de choses près mon rêve professionnel (travailler seule à la maison pour un secteur attrayant). Tout pour être heureuse en somme, à part peut-être mon histoire, pas bien méchante mais un peu envahissante. En effet, ma mère venait de divorcer d'avec son ex-mari (avec qui elle a eu mon frère et ma soeur aînés) quand elle a rencontré mon père dont elle était la secrétaire. Il était marié, visiblement avec une femme de fort caractère, et père de 2 enfants. Il est tombé amoureux de ma mère, mais n'a jamais pu quitter son épouse qui, selon mes informations, lui a fait du chantage affectif. Il s'agissait d'un homme qui avait du mal à prendre des décisions et à tenir ses promesses...

 

Somme toute, mon père avait promis le mariage à ma mère, et quand je suis "apparue" dans le paysage, les projets sont devenus de plus en plus concrets, avec même un projet de déménagement en province. Seulement au mois d'août qui a précédé ma naissance (je suis de décembre), mon père a simplement oublié de venir pour le départ en vacances familial et est parti avec sa propre famille, sans prévenir. Ma mère a envisagé d'avorter, mais c'était compliqué à cette époque et elle a choisi de me garder. Je suis née l'année de ses 35 ans. Mon père a apparu puis disparu régulièrement à partir de ce moment jusqu'à mes 18 mois, je crois. En 1973, à l'apparition des lois sur la reconnaissance des enfants adultérins, ma mère a engagé une procédure en justice pour obtenir ma reconnaissance et une pension alimentaire assortie, puis une autre procédure pour me donner son nom de jeune fille. A cette époque, je ne voyais pas mon père et elle a refusé qu'il me voit de mes 18 mois à mes 18 ans, "pour me protéger".

 

J'ai posé quelques questions sur mon père "mort" (c'est ce que je pensais) quand j'ai eu 10-11 ans. Et ma mère m'a répondu qu'elle l'avait connu, qu'ils m'avaient fait et qu'il était parti à ma naissance. Alors à mon adolescence, quand ma mère a retrouvé un compagnon, j'ai pensé que j'étais né de histoire avec un amant de passage. Elle l'a su et m'a donné quelques infos supplémentaires, mais peu de détails, et m'a maintenu par la suite dans le principe que mon père était tout simplement un salop qui m'avait abandonné, qu'il ne méritait pas de me connaître et que ça me ferait plus de mal que de bien.

 

Quand j'ai eu 18 ans, il a souhaité me rencontrer et me présenter mes "frères et soeurs", mais j'ai freiné. Je l'ai rencontré régulièrement mais rarement pendant une dizaine d'années (une ou deux fois par an), dans un restaurant. Coincée dans mes préjugés, je me suis contenté de rendez-vous pendant lesquels il n'a jamais été question de choses importantes, à peine de ses parents, peu de ses enfants, et jamais de sa relation avec ma mère et moi. Il me donnait un peu d'argent quand je le voyais, rarement de vrais cadeaux (le dernier prix Goncourt, souvent). On ne s'est donc pas vraiment connus. Je l'ai vouvoyé et (rarement) appelé par son prénom toutes ses années.

 

J'étais enceinte de mon fils, il y a 6 ans, quand j'ai reçu un coup de téléphone de ma demi-soeur pour m'annoncer que mon père était mourrant. Ca m'a beaucoup retourné à l'époque (mais que vais-je raconter à mon fils sur son grand-père ?), mais je ne me suis pas déplacée pour aller le voir (il était hospitalisé à Paris et j'étais à Nice). Finalement, il n'est pas décédé à ce moment-là. Par contre, j'ai ainsi pu rencontrer ma demi-soeur un mois avant mon accouchement. Elle m'en a dit un peu plus. J'ai compris que mon père avait pris très au sérieux sa relation avec ma mère mais qu'il n'avait pas su gérer son épouse, qu'il en avait été malheureux, qu'il aurait vraiment voulu être un père pour moi. Malheureusement, comme il était malade (cancer), il a été souvent hospitalisé à cette époque et n'a pas souhaité que je vienne le voir (il entretenait notre relation plus ou moins en cachette de sa femme).

 

Quand mon fils est né, je lui ai envoyé un faire-part et je lui ai raconté les problèmes qu'il a eu. Nicolas est né avec une double-malformation du systéme digestif et a été hospitalisé pendant 2 mois. On m'a presque accusé de négligence à l'époque parce que j'avais suivi les diagnostics et conseils d'un chirurgien lui-même négligent.

 

Mon père est décédé deux ou trois ans après, et je ne l'avais pas revu. Il n'a jamais rencontré mon fils, et n'a vu mon mari qu'une fois. J'ai refusé d'aller à la cérémonie des obséques (pas d'enterrement, il a fait don de son corps à la science) pour éviter les problèmes (avec sa femme notamment) et un sentiment de malaise dans une famille inconnue. C'est ma demi-soeur qui m'avait annoncé la nouvelle, et j'ai attendu (et espéré) qu'on me proposerait ne serait-ce qu'un petit souvenir de lui, à défaut d'un "héritage". Mais rien. J'ai revu ma demi-soeur qui m'a dit que tout avait été mis "au nom de sa femme" et qu'elle lui avait suggéré de faire quelque chose pour moi, mais que... qu'il ne l'avait pas fait.

 

Quelques mois plus tard, c'est ma demi-soeur qui est morte elle aussi d'un cancer. On m'en a prévenu. Elle disparaissait avec mes derniers espoirs d'en savoir un peu plus sur la vérité de mon histoire, son frère vivant aux Etats-Unis et étant moins "facile d'accès". Par dépit de l'héritage râté de mon père, j'ai lancé une procédure auprès d'un notaire pour récupérer ce qui m'était dû suite au décés de ma demi-soeur (elle était célibataire, sans enfants). En effet, l'épouse et le fils de mon père, au courant de la situation, n'ont rien dit à leur notaire de mon existence.

 

Aujourd'hui, je me sens mal parce que je me suis rendue compte que ma mère avait dénigré mon père pendant des années, et que du coup, je l'ai raté. J'ai pas mal de capacités intellectuelles (paraît-il), mais mon manque d'estime de soi me bouffe, me fait procrastiner sans arrêt, me conserve dans une inertie dont je ne sais pas sortir. Chez moi, ça se traduit principalement par des problèmes pour gérer la maison et la famille : difficulté à garder la maison en ordre, à assurer les petites tâches quotidiennes, énervement avec les enfants, parfois des mots un peu violents. Ma mère a une image de sainte dans la famille, alors qu'elle pratique l'hypocrisie à plein régime pour éviter tous les conflits. Elle est aujourd'hui seule après plusieurs relations avec des hommes mariés.

 

A beaucoup de niveaux (familial, personnel, mais aussi dans mon rôle de mère, de maîtresse de maison, de citoyenne), j'ai souvent l'impression de n'être que la moitié de moi-même. Je rumine beaucoup tout ça, et je ne sais pas quelles démarches engager pour m'en sortir. J'écris beaucoup (c'est mon travail), mais j'ai le sentiment qu'actuellement ça ne suffit plus...

 

Si vous avez une idée pour m'aider, je vous en serais reconnaissante...

 

Stéphanie

mood
Posté le 31-07-2006 à 10:08:55  profilanswer
 


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