| goodboy Pardonner?? bien sur | Ce grand-père maternel était veuf depuis déjà quelques années. Quand je l'ai connu, il avait 70 ans. Il vivait dans le petit appartement en face du nôtre; ma mère lui préparait ses repas, faisait son ménage. À l'âge de sept ans, ma mère m'avait chargé de prendre mon dîner avec lui en répétant « le gens seuls ne mangent pas, tu sais !». Je frappe doucement à la porte, toujours ouverte, j'entends le " entre mon petit, entre "!
Cet appartement sentait l'odeur du passé, odeur étrange de papiers oubliés, de fauteuils dans un grenier jamais rangé, de courrier accumulé jour après jour . La cuisine chauffée par un poêle. Le grand-père fumait la pipe, il pouvait rester toute une matinée à regarder la fumée de sa pipe .
Il me racontait les souvenirs de sa jeunesse, comment il a fait son atelier de menuiserie, comment il a sculpté cette jolie madone souriante au milieu du salon.
L'hiver arrive, l'école, les jours courts, je vois le grand-père de moins en moins, mais je sentais l'odeur de sa pipe. De temps en temps, je lui portais son journal, mais je ne dînais plus avec lui. Je grandissais, et le grand-père semblait perceptiblement plus faible, presque fragile. Ma mère m'épargnait les mauvaises nouvelles, mais le jour où il a oublié mon nom, j'ai pleuré. Mon frère me dévoila que le vieil homme aux moustaches blanches devenait sénile et que le médecin ne savait pas quoi faire. Pire, Il serait incontinent. Des questions se posaient ; tomberait - il dans les escaliers? Pourrions nous le laisser seul?
Un jour, je rentre à la maison, je vois la voiture des pompiers devant notre maison. Le grand-père avait oublié sa pipe allumée et le feu avait consommé la table de la cuisine. Personne n'a suggéré un placement dans une maison de retraite, mais, détérioration, incertitudes, et fatigue ont augmenté les tensions dans notre famille.
Je revenais de l'école, je faisais mes devoirs chez lui. Je l'accompagnais à la salle de bain, je nettoyais ses moustaches après la soupe du soir, puis ma mère me remplaçait pour le mettre au lit, et dormir dans le lit à côté.
L'amour de ma mère pour son père était constant, indéfectible, et lorsque le grand-père nous quitta, avec sa fille à ses côtés, un soulagement coupable nous gagna. C'était l'étrange adieu; personne ne semblait triste, ma mère manifestait une sérénité admirable. Son deuil fut bref, elle ne parlait plus de mon grand-père avec chagrin mais avec tendresse. Je ne raconterai pas la détérioration de l'état de mon père. Cette fois, frères, soeurs étions tous trop occupés, et ma mère, 25 ans plus tard, n'avait plus la force d'accompagner la maladie chronique de mon père. Nous avons visité plusieurs maisons de retraite avec mon père, en lui assurant qu'il sera confortablement installé. Des années ont passé, l'hémiplégie a gagné la main droite, puis une autre attaque cérébrale a achevé le reste de sa lucidité. Il est mort pendant son sommeil dans son lit de la maison de retraite; aucune famille ou amis n'était à son chevet.
L'enterrement de mon père fut une déchirure, ma mère pleurait, noyée dans sa culpabilité, mon frère abritait dans son coeur une tristesse profonde. Je pleurais mon impuissance, mon ingratitude.
Entre l'enfant qui montait l'escalier voir son grand-père en train de fumer sa pipe, et l'adulte qui a enterré son père, mort seul dans une maison de retraite, je n'ai plus de certitudes. Et je ne juge personne .  |
feecloche1 l'essentiel: l'amour...Note : 3.5/5 pour 8 votes | |
Anna51 Note : 3.5/5 pour 8 votes | jolie histoire On a mis ma grand mère dans une maison de retraite, elle a fait des histoires à ne pas finir. Ils l'ont virée ou presque. C'est une vraie tatie Danièlle Agee, oui, mais elle ne se laisse pas faire. |
feecloche1 l'essentiel: l'amour...Note : 3.5/5 pour 8 votes | Anna51 a écrit :
jolie histoire On a mis ma grand mère dans une maison de retraite, elle a fait des histoires à ne pas finir. Ils l'ont virée ou presque. C'est une vraie tatie Danièlle Agee, oui, mais elle ne se laisse pas faire.
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et elle a raison.
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