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Bonjour à tous, Il est
rare de trouver des sites médicaux français qui
ouvrent leurs portes aux témoignages des malades.
Pourtant, nous sommes les acteurs de la médecine aussi
bien que les médecins. C’est mon expérience la plus
traumatisante de ma vie, ma guerre contre la maladie de
Hodgkin. L’écriture apaise la douleur, me dit le cancérologue.
Alors à la clinique, j’ai pris des notes, cela
m’aidait à tolérer le quotidien pénible d’un
malade. Rien de grave au début. J’avais 28 ans, une
bonne santé, un boulot dans une boite d’informatique,
et une relation sérieuse avec une copine. Une nuit de
janvier 1999, je me suis réveillé avec une démangeaison
dans la jambe. J’ai gratté, la peau saignait mais ce
prurit ( terme médical de démangeaison) n’a pas cessé.
Le lendemain, le dermatologue me prescrit une crème à
la cortisone. Quelques jours, ma copine me signale que
j’avais une tuméfaction à la base du cou . J’ai vu
notre généraliste qui m’a demandé si j’étais
fatigué, si j’avais des douleurs par ci et par la. Il
ne savait pas quoi faire, il est resté silencieux
quelques minutes, puis il téléphone à un chirurgien
en me disant : on va voir cette tuméfaction avant de
faire un diagnostic. Le chirurgien, un homme souriant de
50 ans m’a fait une piqûre puis une anesthésie
locale. 20 minutes plus tard, ma copine me conduisait à
notre appartement. J’ai oublié tout cela, j’ai passé
deux semaines à la montagne, sauf la fatigue me
rappelait cette histoire. La terrible nouvelle : C’était
un jeudi de février, la voie de la sécretaire me
demandant de passer voir le medécin généraliste était
neutre. J’ai récu les résulats de votre ganglion,
maladie de Hodgkin. Et c’est quoi ? Une tumeur maligne
des ganglions lymphatiques. Le médecin avait une tête
grave, très sérieuse. Malgré ses explications, je
n’ai pas dormi cette nuit, ma vie a basculé. Ma
copine m’a pris dans ses bras, mais rien ne pouvait
apaiser cette peur panique qui m’avait envahi. On est
seul dans ces moments, trop seul. Il fallait faire un
bilan. Je prends une semaine de congé : radiographie,
scanner, prise du sang, puis un rendez vous chez celui
qui va m’accompagner durant cette épreuve : le cancérologue,
le premier que je vois dans ma vie. Le 11 février était
une journée pluvieuse, et triste. Ma copine n’a pas
s’empêcher de pleurer lorsque le cancérologue me dit
que j’ai un hodgkin de stade III avec multiples
localisations. Calme, respectueux, mais tranchant, mon
cancérologue ne disait pas un mot de plus. Il dit après
un silence : votre vie est en danger, il faudrait de la
chimiothérapie et de la radiothérapie.
Le scanner a montré
une sacrée tumeur de 8 x 3 cm dans le thorax (derrière
les bronches) avec nombreuses formations ganglionnaires
et la rate. Le compte rendu anatomo-pathologique ( la spécialité
qui fait des analyses des tissus) était formel, et note
la présence de cellules de Red – Sternberg ce qui
confirme la maladie de hodgkin. J’étais en stade III,
la tumeur était présente par tout ou presque. L’échographie
abdominale confirma cette extension. Chaque examen me déprimait
un peu plus, m’effrayait un peu plus. Ma mère est
arrivée à la clinique, elle était soulagée
d’apprendre qu’il s’agissait de la maladie de
hodgkin et non pas d’une autre tumeur. La soirée
s’est mal passé entre ma mère et ma copine. Rien de
nouveau. Les deux femmes de ma vie se détestent. Le
lendemain, j’ai fait connaissance à
l’anatomo-pathologiste, une femme d’allure sérieuse,
peu maquillée, la quarantaine, souriante et confiante.
Elle me dit qu’elle allait me faire une biopsie de la
moelle osseuse. Après une anesthésie locale, elle a
ouvert la peau sur un cm et introduit dans l’os de ma
manche droite une sorte d’aiguille puis la retirait
avec un peu de moelle. Elle a fait un point de suture.
Je lui ai posé la question : - Alors, c’est quoi
cette maladie ? - C’est une lésion du tissu lymphoïde,
une sorte d’un cancer bien défini. Le pronostic est
largement meilleur que les autres tumeurs du tissu
lymphoïdes comme les lymphomes. -Et la biopsie de la
moelle ? -Si la tumeur avait envahi la moelle, vous
serez en stade IV, et cela nécessite une greffe de la
moelle. Je vous dirai cela demain. Après son départ,
le site de la biopsie me faisait mal. Si vous me posez
la question sur la douleur de cette biopsie, je vous
dirais que c’est une douleur moyenne, mais le patient
sent parfaitement bien ce sang qui sort dans
l’aiguille et surtout la douleur aiguë de l‘os pénétré
par l’aiguille. J’ai passé une nuit atroce, j’ai
demandé à l’infirmière de me prescrire un calmant,
je n’ai pas trouvé le sommeil avant 4 heures du
matin. Enfin une bonne nouvelle : Le cancérologue me
dit qu’il vient de recevoir le compte rendu de la
biopsie. La moelle est saine. J’étais en stade III B.
III parce que le cancer était dans ma poitrine et dans
l’abdomen, et B parce que j'avais des symptômes
secondaires (démangeaison, sueurs nocturnes, et
douleurs thoraciques). Il m’explique qu’il allait
utiliser une combinaison de chimiothérapie MOPP, ce qui
veut dire méchloréthamine (moutarde) , vincristine (oncovine),
procarbazine, et prédnisone. Cela prendra de quatre à
six mois sans oublier la radiothérapie. - vous savez,
la survie à 5 ans dans votre cas est de 90%, vous
risquez de quitter ce monde par un accident de voiture
plus que par cette maladie de Hodgkin. Me dit le cancérologue
en sortant. L’infirmière me dit que je vais avoir la
chimiothérapie demain matin et tout se passera bien.
Nous étions le 8 mars 1999, ma copine Sophie est venue
me rendre visite. Elle a cette peur qui a déformé son
visage depuis mon hospitalisation. Elle a 24 ans, mais
elle se comporte comme un enfant terrifié. Elle a pleuré
et me dit qu’elle avait peur pour moi et pour nos
projets. Je n’avais pas de mots pour la rassurer.
L’arrivée de ma mère a changé la situation, Sophie
a fait la gueule et partit. Ma mère me dit avec sévérité
: - Ta copine perd les pédales, elle a une peur bleue
du cancer, elle déprime. Ma mère avait bien travaillé
toute la journée avec mon père. Congé maladie pour 4
mois, bon de transport, dossier médical, papier de la sécurité
sociale. Je dis à ma mère que j’ai peur de la chimio,
elle me dit : - Tu as raison, mais cela ne change rien,
tu peux pleurer ou hurler, l’essentiel que tu sois
fort pour aller jusqu’au bout. Mon père assis en face
du lit sourit, elle connaissait le caractère «
tranchant de ma mère ».
Toute la matinée à
faire des analyses. L’infirmière me dit que tout
allait bien, surtout les plaquettes. J’étais comme un
condamné qui attendait quelque chose, j’ai dit bien.
J’avais mal au cou et les ganglions commencent à m’étouffer
un peu. Ma mère est arrivée à treize heures, elle
semblait nerveuse aussi. Elle m’a dit qu’elle a vu
le médecin durant un quart d’heure sans préciser
pour quelle raison. La première séance de la chimiothérapie
se déroula d’une façon banale ou presque. Ni
machine, ni instruments, ni rien. Une perfusion
intraveineuse comportant les médicaments prescrits.
Cela a commencé par adréamycine, bléomyciné, et
vinblastine. Quelques choses de simple au début mais
une heure plus tard j’ai commencé à sentir cette
toxicité faire mal aux veines de mon bras. On allait
dans rapidement et sans douleur. L’infirmière m’a
dit que c’est parfois douloureux. Cela avait duré
deux heures. Dès l’arrivée à ma chambre j’ai vomi
mon repas de midi. J’ai dormi durant trois heures, je
me suis réveillé. Ma mère était assise en train de
lire une magazine, elle m’a demandait si tout allait
bien, j’ai dit que j’ai de la fièvre. Le thermomètre
indiquait 39,7. l’infirmière m’a fait une
injection. Et puis j’ai dormi. Le lendemain mon
estomac ne tolérait pas l’eau. J‘avais une douleur
atroce dans la bouche incluant dents et gencives. L’œdème
de mon bras, au site de l’injection, inquiéta ma mère,
mais le cancérologue l’avait rassurée. Mais à ma
surprise, il me dit que j’allais sortir demain, me
reposer une semaine avant de recommencer. Mon bras
devint bleu, et le diagnostic d’une phlébite fut évoquer.
On arrête tout, on verra dans une semaine. A
l‘appartement, Sophie a essayé d’être gentille
avec ma mère. J’ai pris Sophie dans mes bras avant de
dormir, elle pleurait en répétant qu’elle ne savait
pas quoi faire ? Ma sœur nous a rendu visite le
lendemain, elle m’a apporté un bouquet de fleurs
blanches et une bonne nouvelle : mes analyses confirment
que je tolère bien la chimiothérapie. J’ai passé
quatre jours à la maison, épuisé par le vomissement
et par la douleur de mon bras . Dès mon retour à la
clinique, une deuxième perfusion de trois heures
m’attendait. La nuit, j’ai eu une fièvre de 39 à
nouveau et j’avais des convulsions que l’infirmière
les a traitées. Le vomissement continua à
m’affaiblir, les cellules blanches descendaient, j’étais
à 1400. Le cancérologue arrêta à nouveau le
traitement, mais à ma surprise, les ganglions à la
base de mon cou avaient disparu. Cette fois je sortais
de la clinique avec des antibiotiques. Le sommeil est un
luxe quand on est malade, je dormais toute la journée
pratiquement. Sophie me réveillait pour le repas. Après
15 jours de traitement, mes cheveux commencèrent à
tomber. Le cancérologue m’avait averti, mais la
surprise était pénible. Ce soir la, Sophie me téléphone
pour me dire : je ne reviens pas près de toi, je suis déprimée,
je n’en peux plus. Mauvaise nouvelle dit mon père,
mais je lui dis que d’autres bonnes nouvelles sont là
: je n’ai plus de ganglion, et je ne me gratte plus du
tout la nuit.
Comment on perd ses
cheveux ?? c’est simple, ça tombe un peu, mais le
geste le plus triste c’est les cheveux qui tombent
devant les yeux en passant la main ou en lavant la tête
. Malgré une nette baisse de mon taux d’hémoglobine,
le cancérologue continue son protocole. Cette semaine là,
j’avais faim, la cortisone est pour quelques choses,
mes parents jugeaient avec bienveillance cet appétit.
J’ai perdu 5 kilo depuis le début du traitement malgré
une quantité de glaces invraisemblable que
j’ingurgitais pour soulager l’acidité de mon
estomac. Bien que j'sois très fatigué, la cancérologue
me demande de sortir trois jours, de me reposer, et
surtout de marcher un peu car je commence à avoir une
constipation et le début d’hémorrhoïde. Une fois
vous arrêtez la chimio, tout revient. Un vrai poison
que l’organisme tolère malgré tout. Je pensais plus
à Sophie, sauf le soir, elle me manquait un peu mais je
n’ai pas téléphoné. J’étais chauve, mes bras
pleins de bleu, et des traces d’injections
intraveineuses et j’étais en colère contre elle. Le
lendemain un mardi. Ma mère m’attend dans la voiture.
Elle a le visage sévère. Elle m’avoua qu’elle
avait pleuré la nuit, et qu’elle a prié pour que le
scanner montre une régression des masses thoraciques.
Je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas qu’elle
prie. Les résultats du scanner montraient que la tumeur
du médiastin avait disparu, il ne restait que des
ganglions de 1à 4 cm. En voyant le sourire de ma mère,
j’ai compris que signifie d’être mère. La séance
suivante de chimio était difficile, je ne me souviens
de rien ou presque, j’ai passé trois jours à
souffrir de mon estomac, de ma poitrine comme si la
tumeur résistait avant de mourir et de me libérer. Le
quatrième jour, pas de chimio, alors j’ai mangé
quelques fruits et une glace, et une tablette de
chocolat. J’ai reçu la visite de ma sœur, cela m’a
fait beaucoup de bien. L’infirmière me dit en
plaisantant que je dois raser ma tête, c’est à la
mode. Une bonne idée. Je l’ai fait, je ne voulais
regarder mes cheveux tomber. Le cancérologue est venu
le soir, souriant et m’annonce que demain sera le
premier jour de ma rémission. J’avais les larmes aux
yeux , enfin fini mon cauchemar ??Non, il reste un peu
de chemin à faire. Une rechute survient exactement dans
les sites des tumeurs originales, donc, un contrôle
s’impose dans deux mois. Alors la maison de mes
parents pour la première nuit de vie sans hodgkin, mon
père avait voulu fêter mon anniversaire. Il y avait ma
sœur et son mari, une tante, et Sophie. J’ai hésité
de l’embrasser, mais ma mère m’a dit : faut pas
demander aux gens d’être prêts à tout, la vie est
un apprentissage. Elle avait raison de me le rappeler.
J’ai pris Sophie dans mes bras.
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