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Etiologie
et psychopathologie des troubles de comportement
alimentaire
L’analyse
de l’hystérie par Freud demeure un excellent exemple
sur les liens entre la culture et les réactions
psychopathologiques. On peut dire que les interventions
de Freud ont permis d’analyser et comprendre ce
trouble qui affectait les femmes de cette époque.
Dans
les années 80, le public américain découvre les
troubles du comportement alimentaire : la
chanteuse Karen Carpenter décède après une
utilisation excessive des laxatifs (pour se débarrasser
de la nourriture). Et dans les années 90, le grand
public découvre que Diana Spencer (Lady Di) souffrait
d’une boulimie accompagnée d’une profonde dépression
avec des épisodes de purges et de vomissements. Il est
possible que cette maladie ait existé depuis des siècles,
mais sous des dehors non médicaux : spirituels ou
sacrés ; actuellement , la mort
spectaculaire d’une jeune adolescente se
privant de nourriture ne se passe plus dans des couvents
mais dans las cours d’écoles, et dans les hôpitaux.
A.
Facteurs psychologiques :
a.
La personnalité : difficultés alimentaires durant la
petite enfance. Quasi-constance d’une enfance sans
histoire. Souci principal : correspondre à
l’attente de la mère.
B.
Facteurs familiaux : Absence d’autonomie des
individus. Enchevêtrement des liens. Empiètement des générations.
« Parentification » des enfants. Dérive
incessante des relations triangulaires vers des
relations duelles. Crainte des conflits.
B.
Rôle de l’adolescence
Le
traumatisme essentiel demeure la puberté et le
processus de l’adolescence lui-même. Rôle des
changements physiologiques de la puberté. Pression
psychosociale. Possibilité de réalisation sexuelle
concrète. Conflits d’identification. Sexualisation
des liens et des activités. Cet effet traumatique
potentiel de la puberté peut se moduler très différemment
selon les évènements et l’action de l’entourage.
C.
Facteurs culturels :
Impact
du modèle de la femme mince sur un narcissisme fragile
?
Idéal de civilisation qui prône l’affirmation de soi
au travers d’un corps modelé, maîtrisé et contrôlé
pour en faire un instrument de puissance et de conquête,
d’avantage que de plaisir. Rôle du repas comme rite
familial : seul moment où la famille est réunie. Les
tensions familiales et les conflits de hiérarchie et de
territoire s’y jouent préférentiellement.
Inscription de l’anorexie dans l’ensemble des
conduites masochistes : augmentation de cette conduite
dans une civilisation où les interdits sont limités.
Rôle
de la dénutrition : Il ne s’agit pas d’un facteur étiologique mais son impact est
important sur le plan somatique et physiologique : une
bonne partie des troubles hypothalamiques et
endocriniens peut lui être attribuée. Sur le plan
psychologique : la famine entraîne le développement de
conduites alimentaires bizarres avec transformation du
goût. Propension des sujets à s’absorber dans leur
apparence, à centrer leurs intérêts sur l’image
d’eux-mêmes et sur la nourriture. Modification de la
perception du temps. Aggrave les phénomènes de dépersonnalisation,
les sensations de perdre le contrôle de soi. Rétrécissement
du champ des intérêts avec centrage exclusif sur
quelques préoccupations obsédantes. La vie imaginaire
et les rêves s’appauvrissent et disparaissent.
La
Psychopathologie
Psychopathologie
individuelle
Le
conflit pulsionnel : Evitement de la sexualité génitale, érotisation des conduites
alimentaires. Un double mouvement affecte la sexualité :
déplacement sur l’oralité
conflictualisée faisant l’objet de dégoût,
d’inhibition et de refoulement. Réactivation d’un
érotisme qui appartient au stade antérieur de la
libido anale et orale (rites alimentaires, pensées obsédantes,
conduites de vérification, surinvestissement de la maîtrise,
relations d’emprise et manipulations sur les objets).
Pathologie
de la personnalité : Existence
d’un profond sentiment de désespoir et d’abandon.
Le conflit essentiel se situe au niveau du corps et non
au niveau des fonctions alimentaires sexuellement
investies. L’Anorexie exprime une incapacité à
assumer le rôle génital et les transformations
corporelles propres à la puberté.
Troubles
de l’image du corps liés à un défaut de
reconnaissance des sensations et des besoins du corps.
Ce défaut est secondaire à des troubles des premiers
apprentissages au cours desquels la mère impose ses
propres sensations, ses propres besoins à l’enfant au
lieu de l’aider à percevoir et à reconnaître les
siens propres. L’identité de l’enfant est fragilisée
et il reste profondément dépendant de son entourage.
La
lutte pour l’autonomie et la reconquête d’un moi déficient,
exercée par le contrôle du corps est le trait
essentiel de l’Anorexie.
Sensation de faim : sensation d’exister qui
constitue une réassurance narcissique et rétablit un
sentiment de continuité de soi en permanence menacée.
La problématique de l’identité est au cœur de l’Anorexie
mentale.
Importance
du conflit dépendance-autonomie
L’anorexique
se détruit pour s’assurer de son « existence »
(ce n’est pas une conduite suicidaire). Se développe
chez l’anorexique une sensation mégalomaniaque liée
à la maîtrise de ses besoins, aux sentiments
d’autosuffisance et à la satisfaction d’auto
engendrer une image idéale de soi. Au travers de la maîtrise
du besoin c’est le corps qui est visé : corps
machine, corps fétiche, écran qui protège
l’anorexique des affects envahissants et incontrôlables
qu’il est susceptible de provoquer.
Le regard occupe une place importante chez
l’anorexique : elle se nourrit de l’effet provoqué
chez les autres par son corps exhibé. Parfois, au
contraire, elle se dérobe au regard d’autrui.
Psychopathologie
familiale
a.
Les mères : Elles
sont décrites d’une façon qui peut apparaître
contradictoire : Personnage fort, rigide, dominant et même
tyrannique, peu chaleureux évitant l’expression des
sentiments positifs et les manifestations réactionnelles.
Fréquence des manifestations dépressives. La future
anorexique occupe dans les fantasmes de sa mère une
place particulière: nature narcissique de
l’investissement maternel avec valorisation des
performances reconnues socialement au détriment des
formes d’expression plus personnelles (d’ordre
pulsionnel et affectif).
b.
Le père : Généralement
décrit comme ayant un caractère effacé, soumis à la
domination de sa femme, incapable à faire preuve
d’autorité. Parfois au contraire, trop proche de sa
fille.
c.
La famille : Elle
cherche à apparaître comme parfaite dans une
caricature de normalité alors qu’elle montre des
signes de retrait et d’isolement. Le repas est le
temps organisateur de la vie familiale. Il s’y joue
l’essentiel des échanges avec la recherche active de
complicité et d’alliance de chacun des parents avec
un des enfants. Ces familles sont aussi caractérisées
par l’enchevêtrement
entre les membres d’une même famille, la
surprotection, la rigidité et l’intolérance aux
conflits.
Ce
qu’elles pensent d’elles mêmes
Je
suis obèse, horrible, c’est ma faute, je ne suis pas
comme les autres. Les patients anorexique et Boulimique
ont une perception déformée d’eux-mêmes, et ne sont
pas indulgents envers eux-mêmes. Un
bon exemple de perception déformée est la façon de
juger, avec balancement d’un extrême à un autre. «Quand
je mange je suis une personne affreuse horrible et je mérite
de mourir ! »
Une
conversation, une personne quitte la table pour aller à
la salle de bain, la patiente peut penser «il part
parce que ma conversation est stupide, tout le monde me
hait, ils sont là par pitié. » Les compliments
sont vus comme gestes polis sans plus. Les patients
peuvent sentir responsable de refaire le monde, et quand
ils ne peuvent pas, ils se punissent, se haïssent. Il y
a un besoin fort de contrôler leurs vies et les vies de
gens autour eux. Tout
semble négatif d’une manière ou d’une autre.
La distorsion majeure de la perception
s’exprime en des mots tels : « la vie sera
meilleure et je serai heureux quand je perds du
poids.»
La
pensée : L'obsession
de la
nourriture, l’image dégradée de soi ; les gens
souffrant de l’anorexie et de la Boulimie obtiennent
souvent un sens de pouvoir en se privant. Il n’est pas
rare de voir une Anorexique «fière» après des périodes
de jeûne.
Culpabilité: Parce
qu’ils déçoivent les autres, et ils sont moins
brillants que les autres, ils sentent une culpabilité.
Pouvoir :
Un besoin de contrôler les aspects émotionnels et
physiques. Ils ont une fragilité devant les émotions,
et jugent plus facile de penser à la nourriture que de
gérer leurs émotions.
Déception.
Mentir après manger, mentir pour ne pas manger, mentir
pour vomir en cachette ou pour se faire des lavements ou
prendre des laxatifs. La déception accompagne les
mensonges et aide le patient à entretenir
une sensation de contrôle.
Dépression.
L’humeur balance, manque de motivation, désespoir,
anxiété ou panique, claustrophobie, isolement,
solitude, et suicide.
Le corps : Céphalées,
tension artérielle basse, avoir froid. La tension artérielle
est basse par manque de potassium (surtout après
laxatifs ou lavements). Picotement des mains, pieds,
visage. vertige. Problèmes
Dentaires : détérioration,
décalcification, corrosion par l’acidité du
vomissement, ostéoporose, aménorrhée, problèmes
cardiaques, problèmes de sommeil, et épuisement.
L’éstime de soi
: La
perception de l’image de soi est médiocre avec
sentiment de culpabilité : «je ne fais jamais rien de correct. Mes pensées sont
stupides ». Il est fréquent chez les anorexiques
et les boulimiques d’être perfectionnistes. Quand ils
ne peuvent pas réaliser la perfection désirée,
ils se détestent. Dans leur besoin d’affection
ils remplissent le vide avec la nourriture.
Le
trait commun des troubles de comportement alimentaire
est le manque d’amour propre et d’estime de soi. Les
patients pensent qu’ils ne
méritent ni d’être heureux, ni les bonnes
choses. Certaines patientes peuvent vivre une histoire
d’amour mais à chaque difficulté émotionnelle,
ces patientes ne peuvent pas voir les points
positifs « la beauté que les autres aperçoivent
en elle » et recommencent à nourrir leur haine
pour elles mêmes.
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